Lectures de Luc 9, 51 à 62 et Deutéronome 5, 6 à 16

Jésus sacrilège

« Laissez les morts enterrer leurs morts ». Voilà Jésus tel qu’on l’aime : péremptoire, cassant, voir même sacrilège ! Car qu’y a-t-il de plus sacré que les derniers devoirs que nous devons à un mort ? D’autant plus s’il est notre père. Le 5e commandement ne demande-t-il pas d’honorer nos parents ?

La demande de cette personne n’est-elle pas légitime au plus haut point ? Avant de suivre Jésus, il souhaite juste régler sa dette envers son père : l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Il le lui doit bien.

Le 5e commandement

Oui, cet homme a une dette envers son père : il doit l’honorer. Quoiqu’ait fait ce père, le fils doit l’honorer selon la demande du 5e commandement. Mais justement, ce commandement est le 5e de la liste. C’est dire qu’avant, il y en a quatre. S’ils sont avant, ce n’est pas une question d’ordre alphabétique mais c’est un ordre d’importance. Dans la mentalité hébraïque, le premier de la liste est le plus important.

Et quels sont ces 4 premiers commandements, ces commandements plus importants que le 5?

  1. C’est moi le Seigneur ton Dieu. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.
  2. Tu ne te feras pas une image taillée de moi et tu n’adoreras pas un dieu qui a la forme de ce qui existe au ciel ou sur la terre.
  3. Tu n’utiliseras pas mon nom inutilement, à tort et à travers.
  4. Tu respecteras le jour du repos qui m’est consacré.

Dieu avant nos parents

Le respect dû à notre père terrestre vient après celui dû à notre Père céleste. Bien après. Cet ordre a une importance, une grande importance. Ce n’est pas de la politesse où il s’agit de saluer bien bas une personne respectable mais sans véritable pouvoir.

Au contraire, c’est un ordre hiérarchique : Dieu est le patron et notre père terrestre n’est qu’un subalterne. Si mon père terrestre me demande quelque chose qui s’oppose à un ordre de mon Père céleste, je dois obéir au plus haut gradé.

Pas si facile

Posé ainsi, vous voyez que le problème n’est pas simple. Il est difficile de refuser quelque chose à ses parents sous prétexte que Dieu nous demande autre chose d’incompatible. Nous faisons face à un problème de double loyauté : vais-je écouter mes parents ou mon Dieu ?

D’un côté, mes parents m’ont nourri, élevé, aimé. Je leur dois bien ce qu’ils me demandent. Et en plus, ils sont là, devant moi ! Ils sont bien présents, bien réels.

De l’autre côté, Dieu aussi m’a aimé, élevé, protégé. Mais c’est plus flou, plus abstrait, plus lointain.

La tentation est grande d’obéir aux parents, de veiller à ne pas se couper d’eux. En agissant ainsi, je place mes parents au-dessus de Dieu.

Jésus parle avec l’autorité de Dieu

Dans le récit que nous avons entendu, Jésus appelle un homme : « Suis-moi ». Jésus donne un ordre avec l’autorité de Dieu. Quand il a parlé ainsi à Pierre et André, ils ont laissé leur barque et leurs filets. Quand il a parlé ainsi à Jacques et Jean, ils ont laissé leur père.

L’homme qui est devant Jésus est prêt à le suivre. Il reconnait son autorité puisqu’il lui demande l’autorisation d’aller enterrer son père. Alors, qu’est-ce que Jésus veut de plus ? Il veut simplement être le plus haut gradé, celui qui commande tout.

Autorité contestée

Dans le cas présent, son autorité est contestée doublement : par le respect dû aux parents et par le respect dû à la mort. L’homme qu’il invite à le suivre a trop de supérieurs pour que cela puisse jouer. Il veut obéir à trop de patrons. « Nul ne peut avoir deux maîtres » disait déjà Jésus à propos de l’argent.

Jésus pousse donc cet homme à choisir : à qui veux-tu obéir ? Qui va être le dirigeant suprême de ta vie ? Tes parents, la mort ou moi ?

Jésus est-il contre le respect dû aux parents ? Non ! Est-il contre les rites funéraires ? Non ! Ce qu’il conteste, c’est qu’une puissance autre que Dieu ait le dernier mot sur notre vie.

Fils/fille de Dieu avant tout

Je suis d’abord fils ou fille de Dieu avant d’être fils ou fille d’un tel. Quand je vais à un service funèbre, c’est comme fils ou fille de la résurrection et non comme un futur mortel.

Car la mort conteste perpétuellement la domination finale de Dieu. Elle nous fait croire chaque jour que c’est elle qui a le dernier mot sur notre vie. Je ne dois pas fléchir les genoux devant ce mensonge, je ne dois pas m’incliner devant la mort : je dois adorer Dieu seul.

Une question de priorité

Voilà l’enjeu qui habite cette remarque de Jésus. Lorsque l’homme lui demande : « Permets moi d’abord d’aller enterrer mon père », Jésus lui répond : ce qui vient d’abord, c’est Dieu, c’est son Royaume. Toute le reste vient ensuite. Ce qui vient d’abord n’est pas un ordre chronologique mais de commandement. Je suis d’abord commandé par mon Dieu avant mes parents. Je suis d’abord commandé par la vie.

Cette priorité repositionne tout ce qui vient ensuite. Mes parents sont importants, mais restent des humains, soumis eux aussi à Dieu. La mort est un problème mais n’est pas une puissance définitive. Elle est dominée par la puissance de l’amour de Dieu.

Une liberté

Je suis d’abord fils et fille de Dieu. Sentez-vous la liberté qu’il y a derrière cette phrase ? Voyez-vous toutes ces puissances qui sont reléguées en arrière-plan ? Toutes ces injonctions qui pleuvent sur nous comme si elles avaient le dernier mot sur notre vie ?

Quel est le dernier ordre auquel vous avez obéit ? Qui l’a formulé ? Est-ce votre conscience ? Votre éducation ? Votre agacement ? Votre peur de décevoir ? Y a-t-il vraiment dans ces derniers ordres une parole qui vient de Dieu ? Une attente qu’il a envers nous ? Si ce n’est pas le cas, vous pouvez envoyer balader cet ordre, tout simplement !

Un exemple (tout bête)

Prenons un exemple tout bête. Vous avez certainement appris qu’on ne va pas au culte habillé n’importe comment. Il y a les habits du dimanche ! Mais Dieu nous a-t-il demandé de prévoir des habits pour le jour du Seigneur ? Non ! C’est une convention sociale, un ordre de notre éducation.

Par contre, Dieu nous a demandé de l’aimer et d’aimer notre prochain. Notre habillement peut être une manière de vivre cet ordre de l’amour. Pour Dieu, pour mes frères et sœurs, je m’habille de telle manière.

Si j’agis ainsi, je ne vais pas aller me pavaner au culte avec mes beaux habits. Je viendrais dans une attitude toute différente.

De même, je vais regarder les habits de mon frère ou de ma sœur autrement. Son accoutrement est-il indigne de Dieu et de l’Eglise ? Et si c’était sa manière de respecter Dieu ? Je n’en sais rien. Je suis invité à rester ouvert… et accueillant !

Liberté et exigence

En chassant les faux commandements pour laisser la place à la Parole de Dieu, je gagne une grande liberté et je peux me concentrer sur l’essentiel : l’amour de Dieu et de mon prochain.

En exigeant la première place dans notre vie, Jésus nous libère pour l’essentiel. Le suivre, écouter sa voix, l’imiter, est en même temps une ouverture et une exigence sur l’essentiel.

Amen