Lecture de Actes 2, 1 à 13

Il y a des pièces qui sentent un peu le renfermé. Il faut alors les aérer et ouvrir la fenêtre. Parfois, il faut même créer un courant d’air et ouvrir les fenêtres et la porte.

Rassemblés dans une chambre

Pentecôte est l’histoire d’un immense courant d’air.  Je m’explique. Depuis que Jésus est parti, les disciples de Jésus se rassemblent dans une salle de Jérusalem. Ils ont besoin de se voir pour se remettre des événements de la crucifixion, de la résurrection et de l’ascension. Ils ont besoin de se voir pour reformer le groupe, pour retrouver leurs marques.

Mais il faut le dire, ils ont aussi besoin de se cacher. N’oubliez pas qu’ils sont les amis d’un condamné à mort. Les chefs religieux et les Romains ne les voient pas d’un très bon œil.

Les disciples se retrouvent donc ensemble dans une chambre, quelque part à Jérusalem. Et là, ils prient. Ils ouvrent leur pièce vers le haut, vers Dieu. Ça sent un peu le renfermé dans cette équipe, alors, ils s’aèrent en ouvrant leur cœur au ciel.

Un violent coup de vent

La grosse surprise, c’est que Dieu n’envoie pas une brise légère mais un violent coup de vent qui remplit toute la chambre. Ce n’est d’ailleurs pas que la chambre qui est remplie, mais aussi chaque disciple est rempli de ce vent, de ce Souffle. Avec le vent, il y a un feu qui vient se séparer et se poser sur chaque disciple. Comme pour insister sur le fait que ce n’est pas d’abord la pièce qui est remplie mais bien le cœur des disciples.

Et alors, ils se mettent à parler, parler, parler. Les disciples qui étaient coincés entre eux deviennent des fontaines de paroles… et les gens les écoutent en grand nombre. Des gens qui viennent non seulement de Jérusalem et de tout Israël, mais aussi de toute la Méditerranée.

Dedans ou dehors ?

Si vous êtes un peu logiques ou si vous avez l’esprit terre à terre, vous allez remarquer qu’il y a là un problème. Où est-ce que cela se passe ? Car le récit commence en nous disant que les disciples sont rassemblés dans leur chambre de réunion. Où est leur auditoire ? Où sont tous ces gens qui viennent de partout ?

L’Esprit fait tomber les murs

C’est comme si le vent violent avait ouvert la pièce, avait fait tomber les murs et que les disciples se trouvaient tout à coup, non plus en sécurité dans une chambre, mais dehors, à l’air libre, au contact de la foule qu’ils fuyaient jusqu’alors.

Luc ne le raconte pas mais le fait comprendre : les disciples sont sortis de leur réserve et se retrouvent, presque malgré eux, à témoigner des merveilles de Dieu aux passants.

Dieu ne se laisse pas enfermer

Les disciples ont ouvert leur cœur à Dieu dans la prière… et Dieu est venu. Mais Dieu ne s’est pas laissé enfermer dans leur cœur ! Il est passé comme un courant d’air qui entre par la fenêtre et ouvre la porte. L’Esprit Saint a ouvert les disciples aux autres.

Pentecôte est l’histoire d’un courant d’air, d’un Souffle venu du ciel, venu de Dieu, qui s’est engouffré dans des disciples qui l’attendaient. Mais les disciples ne s’attendaient pas à se retrouver sur la rue. Ils voulaient bien s’ouvrir à Dieu, mais pas aux autres. Mais voilà, Dieu ne peut être enfermé nulle part, sinon, il dépérit. Alors, Dieu est entré d’un côté pour les ouvrir de l’autre.

S’ouvrir à Dieu = s’ouvrir aux autres

Accueillir Dieu, accueillir le Vivant, accueillir le Souffle vital, c’est forcément s’ouvrir aux autres. Dans ses lettres, Jean dira que nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer notre prochain. Et si nous refusons d’aimer notre prochain, nous ne pouvons pas accueillir Dieu. Si notre porte n’est pas ouverte vers notre prochain, Dieu ne peut pas entrer par notre fenêtre.

Luc : témoins du Ressuscité

Jean insiste beaucoup sur l’amour. Pour Luc, l’intérêt est ailleurs. Dans le livre des Actes, il cherche à raconter comment la Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus s’est propagée. C’est pour cela qu’il souligne que la Pentecôte a ouvert la bouche des disciples. Ce jour-là, ils sont devenus des témoins du ressuscité. Jusque-là, ils étaient ses amis. Ils aimaient Jésus, ils étaient remplis d’espérance devant s résurrection.

A Pentecôte, ils deviennent ses témoins. Ils deviennent des fontaines de paroles. Les merveilles de Dieu coulent de leurs bouches et inondent les passants qui n’en reviennent pas. Ces passants ont deux types de réactions qui soulignent le message de Luc.

Tous comprennent

D’une part, chacun les comprend dans sa propre langue. La Bonne Nouvelle ne se cantonne pas à ceux qui parlent l’hébreu mais déborde de toute part. Elle n’est pas réservée à une caste de disciples mais elle est accessible à tous.

L’Esprit de Dieu est à la fois universel et pédagogue. La Bonne Nouvelle est mise à niveau de tout le monde : des enfants et des vieux, des intelligents et des lents à la comprenette, des Juifs et des gens de Sullens. Quand L’Esprit vient, les murs de la maison éclatent, les murailles de défense tombent et il ne reste plus que des disciples, tout humains, tout fragiles, mais tellement rayonnants.

Certains se moquent

Mais il y a une 2e réaction dans la foule : certains rigolent et se moquent des disciples en disant qu’ils sont saouls. Ils ont trop bu, ils disent n’importe quoi. Dès que l’Eglise a commencé à témoigner, elle s’est heurtée à de la moquerie, à de l’incompréhension et, parfois, à de l’opposition franche et frontale.

« Les disciples, disait Jésus, ne sont pas plus grand que leur maître. Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront ». Et ça, les disciples le savaient et c’est précisément pour cela qu’ils se cachaient dans la chambre.

Témoigner pour que ma foi ne moisisse pas

Rester dans sa chambre, rester dans son église, rester entre soi n’est pas viable. Dieu n’existe que là où l’air peut passer, circuler. Il n’existe que lorsqu’il y a du lien, de la relation, de l’échange. La Vie, sa vie, ne peut rester cantonnée dans un cœur, même très pieux : elle doit être communiquée, passé d’un cœur à l’autre.

Pour dire les choses autrement, le croyant n’est fortifié que lorsqu’il partage sa foi. Une foi que l’on garde au plus profond de nous est une foi qui meurt par étouffement. S’ouvrir à Dieu, le prier, lire sa Parole n’est qu’une étape. L’autre étape est de transmettre cela à d’autres. Ce partage augmente la saveur de ce que l’on a reçu.

Un bon resto

Prenons un exemple tout bête : vous avez mangé dans un restaurant où vous avez été bien accueillis, bien servis et où vous avez dégusté un bon repas. En sortant de là, quelle est votre envie ? Le dire à vos amis : « L’autre jour, nous sommes allés dans un petit resto très sympa ». Et quand vous le dites, vous revivez votre repas, vous ravivez quelque chose qui vous a porté. Et si vos amis y vont, vous êtes contents avec eux et pour eux et le repas en devient encore meilleur. C’est un repas partagé.

Nous ne pouvons pas garder les bonnes choses pour nous, enfermées, car elles moisissent. Mais lorsque nous les partageons, elles deviennent encore meilleures.

Difficile témoignage !

Il faut l’admettre : nous avons de la peine à partager notre foi. Parce quelque chose d’intime. Parce que nous n’avons pas les mots et nous nous défilons sur le pasteur qui a si bien appris tout cela. Et puis, nous avons peur de déranger, d’aller marcher sur les plates-bandes de l’intimité des autres.

Mais attention !

  1. Témoigner de sa foi n’est pas imposer. Quand je dis : « J’ai mangé hier dans un bon resto, je te le conseille », je n’impose rien. Quand je dis « J’ai confiance en Dieu, cela m’aide à vivre », je n’impose rien.
  2. Témoigner n’est pas entrer dans l’intimité des autres mais parler de la nôtre. Le témoignage expose mon cœur, dit ce qui l’habite. Cela laisse toute liberté à l’autre de prendre ou pas.

Le St-Esprit entre dans une maison qui s’ouvre à lui : il ne force pas les fenêtres ni les portes. Le St-Esprit fait tomber les murs de ma maison, pas celle des autres. La liberté de faire confiance en Dieu est totale. Mais le témoignage n’est pas une option de la foi : c’est son prolongement naturel et indispensable pour que notre foi ne moisisse pas.

Amen

PS.

S’ouvrir à Dieu, c’est s’ouvrir aux autres. Dieu a besoin que la fenêtre de notre cœur lui soit ouverte et que la porte soit ouverte aux autres. C’est valable dans les deux sens: comme dans les Actes, où la venue de l’Esprit dans les disciples ouvre leur porte aux autres. Mais aussi pour celui qui ouvre sa porte aux autres et qui découvre alors Dieu.