Argent, pouvoir et sexe: la trilogie qui peut aider la vie à s’épanouir mais peut aussi l’empoisonner profondément. Quand ils prennent le dessus et guident nos actions, attention les dégâts! L’autre et Dieu disparaît au profit du moi. uniquement. Aujourd’hui, l’argent.

L’avidité est partout

« Faites attention, gardez-vous de tout amour des richesses, de toute avidité ». Jésus met en garde contre l’emprise de l’argent sur nos vies et insiste lourdement. Nous connaissons les dangers de l’argent. Nous en avons entendu parler à l’église, nous avons lu de nombreux avertissement dans la Bible. De toutes façons, cet avertissement se retrouve partout, dans toutes les religions, dans toutes les sagesses, dans toutes les philosophies. Et dans la littérature, comme par exemple, L’avare de Molière.

Notre expérience nous a par ailleurs déjà montré que l’argent nous coupe de Dieu et des autres. Nous l’avons vu chez bien des personnes… et malheureusement, aussi dans certains de nos comportements!

Quelle déception! Comment se fait-il que je sache tout cela et que je me laisse avoir par l’avidité ? Le message d’aujourd’hui ne va pas vous mettre en garde contre l’argent mais  chercher à comprendre comment son piège fonctionne et comment l’éviter.

 

Lecture de Luc 12, 13 à 21 (le riche fermier)

Lecture d’Exode 16, 11 à 20 (La manne)

 

Assez ou toujours plus

La première chose à faire est d’étudier ce piège, de l’examiner pour comprendre comment il fonctionne et nous prend dans ses mâchoires. Pour cela, comparons le récit de la manne et celui du riche fermier. Le récit de la manne est le récit de la mesure : « Mesure ce dont tu as besoin pour aujourd’hui et n’en prends pas plus ». Autrement dit, « Prends ton pain quotidien ».

La parabole du fermier met en en scène le comportement opposé. Il possède des greniers qui peuvent contenir ce dont il a besoin, et même plus puisqu’il est qualifié de riche. Or, il en veut plus que ce dont il a besoin et prévoit d’agrandir ses réserves.

Avidité : désirer toujours plus

L’avidité est ce mouvement vers le « toujours plus ». Le mot grec signifie d’ailleurs exactement cela car il est formé des mots « avoir » et « plus ».

Notre mot français, avidité, vient du latin « désirer, vouloir avec force ». En latin, il est utilisé aussi bien dans le domaine de la nourriture (la gloutonnerie) que de l’argent (l’avarice). Assez curieusement, ce mot latin est aussi à la racine du mot « audace » et du verbe « oser ». Ce qui nous laisse entendre que le désir est tellement fort qu’il nous conduit à prendre des risques.

L’avidité est donc ce mouvement qui nous conduit à vouloir plus que ce dont nous avons besoin. Et c’est un besoin qui est fort puisqu’il peut nous conduire à l’audace.

Ce mouvement n’est jamais satisfait. Quand nous nous contentons de notre mesure quotidienne, il y a un moment où nous avons assez et nous pouvons passer à autre chose. Tandis que l’avidité n’a pas de mesure et donc pas de limite : nous en voulons toujours plus.

Derrière l’avidité, la peur de manquer

Nous savons tous ce qui se cache derrière ce mouvement de l’avidité : c’est la peur de manquer, de ne pas avoir assez. Notre vie est en jeu : c’est donc un moteur extrêmement puissant qui explique bien la force de l’avidité.

D’un côté, notre vie est en jeu et c’est important. De l’autre, l’avidité nous pousse dans une course sans fin qui nous pourrit la vie. Qu’est-ce qui cloche avec l’avidité ?

Confusion : alimenter ou garantir la vie

Jésus nous met en garde contre une chose : les biens ne garantissent pas la vie. Jésus dénonce une confusion : l’argent alimente la vie, permet la vie mais ne croyez pas que l’argent puisse faire quoique ce soit contre la mort.

Dit ainsi, c’est évident : nous savons que nous ne pouvons pas échapper à la mort. Mais c’est tellement difficile à accepter que nous sommes prêts à écouter toute promesse de supplément de vie. C’est exactement l’illusion qu’entretien l’avidité : elle nous fait croire que plus d’argent = plus de vie. Elle inverse le processus de la vie qui dit que tant qu’il y a de la vie, il y a besoin d’argent. Or, elle nous fait croire que tant qu’il y a de l’argent, il y a de la vie. Plus vous aurez d’argent et plus vous vivrez longtemps.

La ficelle est un peu grosse : qui croirait que l’argent pourrait repousser la mort ? C’est ainsi que l’avidité non seulement brouille les cartes mais en plus fait disparaitre l’adversaire qu’est la mort. Lorsque nous en voulons toujours plus, nous ne pensons jamais à la mort. C’est pour cela que, au travers de sa parabole, Jésus prend soin de ramener la mort dans notre paysage.

Pour résumer

Je dirais que nous courrons après l’argent avec avidité parce que notre vie est en jeu. L’adversaire contre lequel nous nous battons sans le savoir est tellement puissant que nous sentons confusément que n’aurons jamais assez d’argent. Alors, nous continuons.

Mais pour que l’avidité puisse fonctionner, elle nous cache notre véritable adversaire et nous fait croire que plus nous aurons d’argent, plus nous aurons de vie.

 

Que faire face à l’avidité ? A la suite de la tradition biblique, je vous propose 3 outils concrets : la reconnaissance, la mesure et le don.

La reconnaissance : la vie entre les mains de Dieu

Je vous ai dit que l’avidité repose sur le camouflage de la mort. Avec sa parabole, Jésus la fait ressurgir et nous oblige à reconnaître notre condition humaine : la vie nous est donnée, la vie nous est enlevée. Une fois que j’ai accepté que ma vie n’est pas d’abord entre mes mains mais entre celles de Dieu, je ne vais plus chercher à la prolonger.

Vivre aujourd’hui

Dire merci à Dieu pour la vie qui nous est donné, le répéter chaque jour, c’est entrer dans une autre manière de vivre où je laisse à Dieu le soin de la durée de mes jours. Mon devoir est d’habiter les jours qui me sont donnés Je suis invité à les vivre, à en jouir. Dès que je souhaite en rajouter, je quitte le jour qui m’est donné. La reconnaissance, c’est revenir à aujourd’hui.

La mort, adversaire de Dieu

Il y a une 2e conséquence à la reconnaissance : si c’est Dieu qui tient ma vie entre ses mains, cela veut aussi dire que la mort n’est pas mon adversaire à moi mais à lui. Le combat se déroule entre Dieu et la mort.

Mais la mort n’aime pas se battre contre Dieu : elle préfère nous avoir comme adversaire. Alors, elle nous fait croire qu’avec l’argent, nous pourrons lui échapper. « Plus d’argent, c’est plus de vie ». Car la mort sait que si nous entrons dans l’engrenage de l’avidité, nous sommes perdus

La mesure : notre pain quotidien

Le 2e moyen pour échapper à cet engrenage est proposé par le récit de la manne : prends ce dont tu as besoin pour aujourd’hui. Le Notre Père nous apprend aussi à demander notre pain quotidien.

Entrer dans la logique de la mesure, c’est reconnaître qu’il y a un moment où il y « assez pour vivre ». La foi chrétienne ne nous dit pas qu’il nous faut vivre de rien ni que tout vient du ciel. Adam et Eve sont placés dans le jardin pour le travailler. La vie est un don qu’il nous faut alimenter. Mais elle n’est pas non plus une course au toujours plus. Il y a un « assez », un moment de contentement. Il y a une mesure.

De quoi ai-je besoin pour vivre aujourd’hui ? Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas penser à ses vieux jours. Quand je n’aurai plus la force de travailler, j’aurai encore besoin de me nourrir et me loger. Il faut donc qu’en période de vaches grasses, je prévoie celle des vaches maigres. Il n’y a aucun mal à penser aujourd’hui au pain quotidien de demain.

Tout est dans la mesure : est-ce que je prévois ce dont j’aurais besoin ou est-ce que je me prémuni contre la mort, ce qui implique la démesure. Cette prudence n’est pas à confondre avec l’avidité. La prudence sait qu’il y a des hauts et des bas et elle se prémuni contre cela. L’avidité se bat contre la mort, c’est tout différent.

Le don

La troisième mesure pour lutter contre l’avidité est le don, l’aumône. Le don est le moment où l’être humain prend le pouvoir total sur l’argent. Parce qu’il sait que ce n’est pas l’argent qui garantit sa vie, il s’en sépare d’une partie. Le message à l’argent est le suivant : « Je n’ai pas besoin de toi pour garantir ma vie ».

Je ne dois surtout pas me séparer de mon Dieu, car c’est lui qui garantit ma vie. Mais puisque l’argent n’est pas mon Dieu, je peux m’en séparer.

Le don est donc une prise de pouvoir total sur l’argent. Mais c’est aussi une manière de rétablir les aléas de la vie dont je parlais avant. Quand mon voisin est dans un creux, le don est une manière de rétablir les injustices de la vie.

L’argent est un très mauvais maître. Il m’entraine dans une course effrénée qui me conduit à la mort. Par contre, c’est un très bon serviteur : il me permet de vivre et de faire vivre les autres autour de moi. Tout l’enjeu est là.

Amen