La société parle beaucoup de sexe et souvent n’importe comment. Mais pouvons-nous le lui reprocher si nous ne disons rien de notre côté ? Qu’avons-nous à dire sur ce sujet brûlant ?

Lectures

  • Proverbes 5, 3 à 23 La femme dévergondée et la femme de ta jeunesse
  • Matthieu 19, 1 à 9: le droit au divorce

Vous voyez la différence qu’il y a entre « bouffer » et « partager un repas » ?

Bouffer

Quand on bouffe, on s’occupe de soi, de son corps uniquement. Je nourris mon ventre qui a faim, je réponds à un désir important mais uniquement corporel.

Je suis le nez dans mon assiette et les autres êtres humains n’ont aucune importance. Ou bien, ce sont des personnes qui me dérangent parce qu’elles me posent des questions et m’empêchent de manger. Ou, pire, ce sont des personnes dangereuses parce qu’elles voudraient me prendre le contenu de mon assiette.

Partager un repas

Quand je partage un repas, je mets l’autre à la première place. C’est ma relation à lui qui est primordiale. La nourriture est secondaire. Mais cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas importante. Au contraire, le repas enrichit la rencontre, lui donne plus de saveur. Un bon plat et un bon vin multiplient le plaisir de la rencontre. Mais l’autre est prioritaire.

Lorsque l’on partage un repas avec quelqu’un, tout devient important. La qualité de la nourriture, la présentation des plats, la décoration, l’ambiance et le temps que l’on passe ensemble. Lorsque l’on bouffe, on engloutit n’importe quoi à toute vitesse.

Pratiquer le sexe

C’est un peu caricatural, mais cela nous aide bien à faire la différence entre « pratiquer le sexe » et « faire l’amour ». Je n’ai pas trouvé de meilleure expression, pour parler de la sexualité orientée sur elle-même, mais quand on pratique le sexe, l’important est de satisfaire mon désir et mon plaisir. L’autre disparait, ou, plutôt, devient un objet de mon plaisir.

Faire l’amour

Quand je fais l’amour, l’essentiel est dans la relation. MAIS, la sexualité, comme le repas, apporte un plus à cette relation. Elle donne de la saveur, de la joie à la relation amoureuse. C’est pour cela que j’aime bien cette expression « faire l’amour ». L’amour est premier et la sexualité lui donne une dimension concrète, charnelle, vivante. L’amour n’est pas seulement un beau principe, il devient concret.

Non à la pratique du sexe

Vous imaginez bien que la Bible et la foi chrétienne condamnent la pratique du sexe, pour la raison déjà évoquée : l’autre devient un objet, un déchet qui est abandonné au bord de la route.

Le proverbe sur la femme dévergondée le dit bien : « Ses pieds descendent vers la mort, ses pas mènent à l’enfer. Ne t’approche pas d’elle, de peur qu’elle ne livre ton honneur à d’autres, de peur que des étrangers se rassasient de ta force, de peur que tu ne rugisses quand ton corps et ta chair seront épuisés ».

Illusion : le sexe ne comble pas

Pratiquer le sexe pour le sexe semble très désirable : « Oui, les lèvres de la dévergondée distillent le miel et sa bouche est plus onctueuse que l’huile ». Mais tout cela n’est qu’apparence. « Mais en fin de compte, elle est amère comme l’absinthe ». Le sexe pour le sexe ne rassasie pas. Au contraire, il nous laisse vide, amer, déçu.

Alors, nous chercherons à combler ce vide en pratiquant à nouveau le sexe. Et nous serons pris dans la spirale infernale qui nous vide et nous anéantis.

La grande erreur est de croire que le sexe pour le sexe va nous remplir alors que notre désir cherche autre chose : la relation. C’est faire l’amour qui nous comble et nous remplit de joie. C’est la relation amoureuse qui unit les corps qui est porteuse de vie.

La sexualité est bonne…

« Jouis de la femme de ta jeunesse, disent les Proverbes. Que ses seins te comblent en tout temps. Enivre-toi toujours de son amour ». Les Proverbes parlent en même temps d’érotisme et de relation. Il faut les deux, ce que l’Eglise a trop caché au cours des siècles.

Pourtant, la Bible est beaucoup moins puritaine ou négative que l’Eglise. Dès le commencement, elle invite le couple à ne devenir qu’une seule chair. Et Jésus reprend cette injonction face à ceux qui voudraient légaliser le divorce.

… dans le couple

La sexualité est bonne et voulue par Dieu… mais à une condition : quand elle est vécue dans l’amour. Quand nous faisons l’amour, quand l’autre passe avant mon désir et mon plaisir, la sexualité décuple le bonheur du couple. A la suite de la Bible, je dirais même qu’il donne à goûter à une joie qui s’approche du Royaume de Dieu. Ne disons-nous pas que nous sommes au 7e ciel ?

Il faut donc donner à la sexualité sa juste place : comme l’argent et le pouvoir, elle doit être au service de l’amour, de la relation.

La relation prend du temps

Ce qui caractérise la relation, c’est le facteur temps. Quand on bouffe, ça va vite. Quand on partage un repas, le temps s’étale et devient riche et plein.

C’est toute la différence entre la femme dévergondée et la femme de ta jeunesse. L’une est passagère, l’autre s’inscrit dans la durée. « Enivre-toi toujours de son amour ». Le temps permet à la relation de s’enrichir, de s’approfondir, de prendre de la valeur.

Dans ce temps qui passe et se répète, la sexualité renforce les liens. Elle est comme ces repas que l’on partage tous les mois avec les mêmes amis. Ces repas partagés renforcent l’amitié, soudent les liens dans la fraternité de la chair.

Contre le divorce

C’est pour cela que Jésus est fondamentalement opposé au divorce. Parce que nous perdons une magnifique occasion de renforcer des liens, de les travailler en profondeur et de nous travailler en même temps.

Attention, je ne suis pas en train de condamner le divorce et de dire que ce n’est pas bien. Jésus ne porte pas un jugement moral qui distingue ce qui est bien et ce qui est mal. Jésus relève ce qui fait du bien et ce qui fait du mal. Oui, parfois il n’y a pas d’autres solutions que le divorce. Parfois, l’autre nous fait tellement mal qu’il n’y a pas d’autres solutions. Mais le divorce ne fait pas du bien, il évite un mal trop grand.

Contre le plaisir immédiat

Jésus ne fait pas de la morale. Il nous protège contre la séduction de la facilité, contre le plaisir immédiat, accessible facilement. Il nous protège, pour reprendre l’image des Proverbes, « contre la femme dévergondée dont les lèvres distillent le miel ». Il nous avertit qu’une relation n’est pas un long fleuve tranquille, sans remous ni cascades.

J’ai entendu des thérapeutes de couples dire que devant les difficultés de la vie à deux, certains préfèrent divorcer et trouver un autre partenaire. Au lieu de se remettre en question, au lieu de chercher une solution qui les feraient changer et s’améliorer, certaines personnes préfèrent rester les mêmes mais avec quelqu’un d’autre. Ainsi, elles vont répéter la même erreur avec un autre partenaire au lieu de changer au contact de la même personne.

Dans le cadre de l’amour, dans le cadre de la relation, la sexualité est un cadeau de Dieu qui nous donne le goût de la vraie vie, le goût du Royaume. Le désir sexuel qui nous habite n’est donc ni mauvais ni bon. Toute la question est de savoir l’orientation que je vais lui donner. Vais-je essayer d’assouvir mon besoin et exclure l’autre ou vais-je faire place à l’autre pour que, ensemble, nous atteignions le 7e ciel.

Quand l’autre ne veut pas

Et quand mon partenaire ne veut pas, quand il frustre mon désir, que se passe-t-il ? Est-ce mon plaisir qui va passer devant ou est-ce l’autre ? Est-ce que je vais forcer mon partenaire ou aller chercher ailleurs ? Ou est-ce que je vais patienter ?

Quand je ne veux pas

Et quand je me refuse à mon partenaire, est-ce que je me rends compte de l’enjeu ? Je ne suis pas en train de lui refuser une petite gâterie mais je prive notre couple d’une manière intense de vivre on amour. J’appauvri la vie de notre couple.

Notre faiblesse humaine nous conduit régulièrement dans l’une ou l’autre de ces directions qui sont une épreuve pour le couple… mais aussi une manière d’approfondir la relation et d’avancer. Mais cela demande du temps, de la patience, de l’écoute, de la fidélité, de l’attention, de la liberté. En fait, cela demande exactement ce qu’il faut à un bon repas partagé.

Amen