Argent, pouvoir et sexe: la trilogie qui peut aider la vie à s’épanouir mais peut aussi l’empoisonner profondément. Quand ils prennent le dessus et guident nos actions, attention les dégâts! L’autre et Dieu disparaît au profit du moi. uniquement.

Aujourd’hui, le pouvoir, autour de cette citation de  Lord Acton:

« Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais. »

ça promet!

Lecture de 2 Samuel 11, 1 à 15: David et Bethsabée

Lecture de Luc 22, 24 à 27: qui est le plus grand?

Un abus de pouvoir scandaleux

Je ne vais pas y aller par 4 chemins ! L’histoire de Bethsabée est un abus de pouvoir tout à fait dégueulasse :

  1. David viole Bethsabée et commet un adultère
  2. Ensuite, il tente de corrompre son mari Urie pour lui faire endosser la paternité de son enfant
  3. Finalement, il fait tuer Urie en camouflant ce meurtre en fait de guerre

Toute ses actions sont conduites grâce à son pouvoir royal mais détourné à son seul et unique profit. Tous les autres protagonistes ne sont que des outils qu’il utilise. Bethsabée est utilisée pour son plaisir, Urie est tué pour préserver son image et son général Joab est instrumentalisé pour devenir le bras armé du meurtre.

Les 3 caractéristiques de l’abus

C’est l’exemple parfait du pouvoir corrompu dont on voit ici les 3 caractéristiques :

  1. Le pouvoir détourné : David a reçu le pouvoir royal pour le bien de son peuple mais il l’utilise désormais à son seul profit.
  2. Le mépris des autres : les autres ne sont plus que des outils ou des choses au service de son bonheur personnel. Ils n’ont plus d’intérêt en eux-mêmes.
  3. La préservation de son image : David cherche par tous les moyens à cacher le fait qu’il détourne le pouvoir. Il veille à son image de bon roi qui le rend crédible aux yeux des autres et lui permet de garder son pouvoir et le bénéfice qu’il en tire.

David a déserté le service de son peuple

Tout cela commence avec la petite remarque qui se trouve au début du chapitre : « David envoya Joab avec tous ses serviteurs et tout Israël ». Alors que David conduisait habituellement ses armées, il reste à Jérusalem. Il n’est plus au service de son peuple mais son peuple devient à son service.

Et sans le savoir, Urie lui fait la leçon. Quand David lui reproche de ne pas être allé chez lui, Urie lui rétorque : « L’arche, Israël et Juda habitent dans des huttes. Mon Seigneur Joab et ses serviteurs campent en rase campagne. Et moi, j’irai manger, boire et coucher avec ma femme ! Par ta propre vie, je ne ferais jamais une chose pareille ! »

Alors que David a déserté son armée, Urie refuse de le faire. David a essayé de le corrompre, mais Urie lui renvoie l’image de ce qu’il devrait être : un roi au service des autres.

Le conseil de Jésus pour un pouvoir bénéfique

Quand les disciples se disputent pour savoir qui est le plus grand, Jésus commence par démystifier les hommes de pouvoir : ils ne sont pas si extraordinaires que votre admiration le laisse croire ! Ils se font appeler « bienfaiteurs » mais ils dominent et écrasent. Ils construisent une image d’eux-mêmes flatteuse mais ils exercent le pouvoir en leur faveur.

Puis, Jésus renverse la vapeur et leur donne la clé du pouvoir bénéfique : « Que le plus grand prenne la place du plus jeune et celui qui commande la place de celui qui sert ». Il leur demande exactement ce que David n’a pas su faire : se mettre à la place des autres : à la place de Bethsabée, d’Urie, de Joab et de tant d’autres serviteurs qui ont dû marcher dans ses plans.

Voilà le remède contre le pouvoir qui corrompt : tant que vous vous mettrez à la place des autres, vous pourrez les servir par le pouvoir qui vous est confié.

Et nous ?

Au point où nous en sommes, nous pourrions nous dire que cela ne nous concerne pas vraiment. D’une part parce que la plupart d’entre nous n’occupe pas une place de pouvoir et d’autre part, parce que nous ne nous voyons pas déraper comme David. Au contraire, nous faisons partie du petit peuple qui souffre des dérives du pouvoir.

Mes chers frères et sœurs, je dois malheureusement vous contredire sur ces deux points. Nous sommes parfois en situation de pouvoir et la tentation du pouvoir n’épargne personne.

Nous sommes en situation de pouvoir

En fait, dès que 2 personnes se rencontrent, il y a des enjeux de pouvoir. Dès qu’un groupe se forme, un chef est désigné ou son autorité est reconnue. Il y a des groupes très hiérarchisés, comme l’armée ou les entreprises, où les chefs sont choisis et désignés formellement aux yeux de tous. Mais une société de gym ou un conseil de paroisse savent très bien qu’ils ne pourraient pas fonctionner sans un président, un vice-président et un secrétaire.

Il y a aussi les situations où le chef est désigné naturellement ou tacitement, comme dans une famille ou à l’école. Même les groupes d’amis reconnaissent souvent et sans le dire explicitement, que l’un d’eux est le leader du groupe.

Le pouvoir corrompt

Dans toutes ces situations, nous disposons d’un pouvoir. Le pire, c’est que dans toutes ces situations, nous pourrions en abuser. Pourquoi ? Parce que la place de pouvoir nous y conduit malgré nous. Lord Acton a dit : « Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais. »

La personne qui arrive au pouvoir est prise par celui-ci et désorientée : au lieu de servir le groupe sur lequel elle domine, elle en vient à se servir elle-même.

Une enquête de l’UNIL

En préparant ce message, je suis tombé sur une enquête menée par HEC Lausanne sur la corruption du pouvoir. Le résultat est celui-ci :

plus on donne du pouvoir à une personne et plus elle a tendance à l’utiliser à son propre profit. Quand la personne occupe un poste avec peu de pouvoir, elle ne se laisse pas corrompre facilement. Mais si c’est un poste avec beaucoup de pouvoir, elle dérape très vite. Et ceci, quelle que soit son honnêteté de départ.

https://wp.unil.ch/hecimpact/fr/le-pouvoir-corrompt-la-testosterone-aussi/

Une des expériences effectuées est particulièrement frappant. Parmi les personnes présentes, les enquêteurs choisissent des petits chefs -avec peu de pouvoir- et des grands chefs. Ensuite, ceux-ci doivent distribuer de l’argent à chacun des participants, y compris à eux-mêmes.

Les chefs peuvent choisir entre 4 manières de distribuer de l’argent, de la plus équitable à la plus injuste en faveur des chefs.

Mais avant de désigner les chefs, les enquêteurs demandent à chacun qu’elle est l’option que devrait appliquer un bon chef.

Ainsi, lorsqu’il devient chef, le participant sait ce qu’il veut faire et ce que le peuple souhaite. Pourtant, la grande majorité des chefs choisit son propre intérêt, contre l’avis de la majorité et même contre son propre avis.

Mais il y a une différence entre les petits chefs et les grands. Alors que 40% des petits chefs résistent à l’envie de se remplir les poches, seuls 19% des grands chefs sont restés fermes. Plus de pouvoir corrompt donc plus.

Les enquêteurs ont aussi remarqué 2 choses : les personnes avec un fort sentiment d’honnêteté sont restés plus fermes que la moyenne et les personnes avec un taux de testostérone élevé ont succombé plus facilement. 

Conclusion : nous risquons tous de tomber

Cette enquête est effrayante car elle nous dit que nous sommes tous des corrompus en puissance. Il suffit que l’occasion nous soit donnée pour que nous tombions dans le panneau. Rien ne nous garantit que nous resterions honnêtes une fois au pouvoir.

2 conséquences à tirer

Cette constatation me conduit à deux réflexions.

  1. Que faisons-nous pour aider les chefs à résister ?

Quand nous donnons un pouvoir à une personne, quel mécanisme mettons-nous en place pour qu’il n’abuse pas de son pouvoir ? La question devrait se poser dans toutes les situations, y compris entre amis ou dans l’Eglise. Ce n’est pas une question de confiance. C’est qu’en désignant quelqu’un à un poste de pouvoir, nous le mettons en danger de corruption et il faut l’aider à rester droit, le protéger contre une tentation qui est plus forte que beaucoup d’entre nous.

Ainsi, quand nous nommons un conseil de paroisse, un pasteur, un conseil synodal, nous devons absolument les contrôler avec sérieux. C’est une manière de leur dire que nous nous rendons compte qu’ils sont sur une crête difficile et que nous souhaitons les aider à y rester.

N’oublions pas que les personnes de pouvoir tiennent beaucoup à leur image. Plus ils se sauront contrôlés et moins ils penseront à leur propre bien.

  1. Exercer l’empathie

La deuxième réflexion reprend l’invitation de Jésus à prendre la place du plus petit. Quand nous sommes dans une situation de pouvoir, quand nous sommes parents devant nos enfants, chefs d’atelier, enseignants, président du comité d’organisation, etc. ne devrions-nous pas constamment nous mettre à la place de ceux que nous administrons ? Ne faudrait-il pas régulièrement aller vivre ce qu’ils vivent, faire ce qu’ils font, subir ce qu’ils subissent ?

Ce n’est pas toujours complètement possible. Mais cet effort est indispensable car il nous oblige à garder les yeux ouverts sur ceux que nous servons alors que la corruption cherche à nous fermer les yeux sur les autres pour ne regarder que notre seul profit.

C’est d’ailleurs ainsi qu’agira le prophète Nathan auprès de David. Il lui racontera une histoire où David pourra s’identifier à la victime de l’abus de pouvoir. Lorsqu’il voudra intervenir pour sanctionner l’abuseur de cette histoire inventée, Nathan lui dira : cet homme, c’est toi. Et alors, les yeux de David s’ouvriront.

Donnons-nous les moyens d’ouvrir nos yeux avant de sombrer dans l’abus : « Que celui qui commande se mette à la place de celui qui sert ».

Amen