Pendant des siècles, l’Eglise a été une institution connue, reconnue, jouissant d’un pouvoir certain et d’une large audience. Comme le dit si bien l’expression, l’église était au milieu du village.

Nos clochers trônent toujours au milieu des villages, mais l’Eglise a petit à petit été reléguée dans la banlieue de nos sociétés, de nos vies, de nos habitudes. Aujourd’hui, elle ressemble plutôt à cabane perdue dans la forêt, où viennent encore quelques originaux.

Que viennent-ils faire un dimanche matin, sur des bancs durs, chanter des cantiques d’un autre siècle et écouter un pasteur au ton gnangnan et au message si éloigné de nos préoccupations ? Eh bien vous savez, la réponse à cette question n’intéresse personne, à part les quelques originaux dont je parlais. Il y a des gens qui vont au culte ? Ah bon ? Si cela leur fait du bien… et la discussion passe à autre chose.

L’Eglise n’est plus au milieu du village. Elle n’a plus la même aura, la même popularité, la même emprise qu’autrefois. Mais alors, si l’Eglise n’est plus au milieu du village, où est-elle ?

J’ai voulu profiter du cadre inhabituel de ce culte (nous sommes chez un particulier) pour aborder cette question. Et je vous propose pour y répondre d’écouter un texte qui date d’une époque où les chrétiens n’avaient pas encore construit d’église en pierre.

C’est même le récit des premiers jours de l’Eglise que vous allez entendre. Juste avant, il y a eu la Pentecôte. Les disciples étaient rassemblés dans la chambre haute, tout comme nous. Ils priaient, tout comme nous.

Et voilà que l’Esprit souffle, descend du ciel… et les apôtres se retrouvent dehors, comme si les murs volaient en éclats. L’Eglise naît de ce mouvement de sortie de ses murs. Et là, face à la foule, Pierre prêche au nom des disciples. Les gens écoutent, certains croient et rejoignent l’Eglise.

Luc décrit alors la première Eglise, ce qu’ils font. C’est ce que je vous propose d’écouter.

Actes 2, 42 à 47

Jean 17, 20 à 23

 

L’Eglise et les bâtiments

Où est l’Eglise ? Même si tout le monde pense d’abord au bâtiment, au fond de nous, nous savons que l’Eglise n’est pas d’abord un édifice de pierres, de verres et de bois. Mais puisque notre premier réflexe est d’essayer de donner une réponse géographique, regardons quels sont les lieux mentionnés dans ce passage du livre des Actes. Il y en a deux :

  • Le Temple de Jérusalem
  • « A domicile »

D’un côté, le bâtiment le plus symbolique de la foi juive, le lieu par excellence où l’on peut rencontrer Dieu. Même si les Juifs savent et croient que Dieu est partout, il est quand même un peu plus là, dans le Saint des saint, ce lieu caché par un voile que seul le Grand Prêtre peut franchir une fois par année.

Les croyants vont là, dans ce haut lieu de la pratique de la foi. Et en même temps, ils pratiquent leur foi à domicile, dans ces lieux où s’écoule la vie de tous les jours : c’est là que l’on mange, dort, élève ses enfants, discute, regarde la TV, etc.

Il n’y a pas de lieu géographique propre à l’Eglise : elle va aussi bien au temple qu’à la maison. En fait, il faudrait dire que l’Eglise est au milieu du village. Non pas en son centre géographique, mais en son sein. L’Eglise habite le village, elle se rencontre partout, elle l’imprègne.

  • Une Eglise qui reste dans ses murs n’est pas une Eglise.

L’Eglise et les ecclésiastiques

Où est l’Eglise ? Après le lieu, on pense aux ecclésiastiques. L’Eglise est là où il y a un pasteur, en robe noire s’il-vous-plaît. Ça aussi, au fond de nous, nous savons que ce n’est pas vrai. Mais regardons le récit des Actes.

Les apôtres sont mentionnés deux fois : ce sont eux qui enseignent et qui font des signes et des miracles. Pour toutes les autres activités, ils ne sont pas mentionnés. Ce qui montre bien que l’Eglise n’est pas d’abord définie par ses ecclésiastiques mais par la communauté. L’Eglise est là où des croyants se rencontrent. C’est d’ailleurs le sens du mot grec « ekklesia » qui signifie « assemblée ».

  • Une Eglise dont les seuls actifs sont les ecclésiastiques n’est pas une Eglise. Parce que c’est l’affaire de tous les croyants.

L’Eglise et les actions

L’Eglise est donc peut-être liée à des actions particulières : L’Eglise, c’est là où l’on prie et lit la Bible. Regardons encore une fois ce passage pour voir e que les croyants y font :

  • Il y a des actions très religieuses, comme prier au Temple, par exemple. Ou prendre la sainte cène ou louer Dieu.
  • Les apôtres enseignent et font des prodiges, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.
  • Mais il y a aussi des activités beaucoup plus anodines comme celle qui consiste à manger : « Ils prenaient leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité de cœur ». L’Eglise, c’est quand les croyants mangent avec joie et simplicité.
  • Et puis, il y a des activités plus radicales, comme le fait de vendre ses biens et partager en fonction des besoins de chacun.

Je constate donc que l’Eglise n’est pas caractérisée par une activité particulière. L’Eglise n’est pas d’abord une assemblée qui a une pratique religieuse : aller au culte, lire la Bible, prier. Tout cela fait partie de l’Eglise, mais comme le sont les activités banales.

  • Une Eglise qui se retrouve uniquement pour le culte mais pas autour d’un bon repas n’est pas une Eglise ! Parce que l’Eglise n’est pas confinée à une portion de notre vie mais la concerne dans son ensemble.

L’Eglise: un état d’esprit

L’Eglise n’est pas limitée à un lieu (un temple), ni à une fonction (ecclésiastique) ni à certaines activités religieuses : elle imprègne tout. C’est dire que l’Eglise, c’est d’abord est une communauté qui vit dans un certain état d’esprit. Un même esprit anime ces gens qui font Eglise ensemble.

C’est pour cela que le plus important dans cette description réside peut-être dans les qualificatifs, qui sont très nombreux mais vont dans deux directions principales :

  • Il y a d’abord l’assiduité qui est relevée à 2 reprises. Les croyants sont assidus à l’enseignement des apôtres et à la prière au Temple.
  • Il y a ensuite l’unité de cette communauté qui est soulignée de plusieurs façons : leur communion est fraternelle, ils sont unis, ils partagent leurs biens, ils sont unanimes.

L’assiduité montre qu’on y croit, qu’on y tient. Elle souligne qu’il y a pour les croyants un enjeu important.

  • Il n’y a pas d’Eglise là où il n’y a pas de conviction forte. L’Eglise n’est pas une option, mais une manière de penser et de vivre.

L’unanimité souligne la qualité des liens et redit une fois de plus que l’Eglise est d’abord une question de relations et de relations de qualité.

  • L’Eglise où il n’y a pas d’amour et de pardon, où il y n’a pas de solidarité et de partage, où il n’y a pas de joie et d’unité n’est pas une Eglise.

Là où souffle l’Esprit

L’Eglise est là où il y a un certain état d’esprit. Il faudrait même dire, là où il y a l’Esprit de Dieu. Non pas que l’Esprit flotte comme ça, mais là où il a un impact dans la vie des gens, là où il est incarné dans des gestes concrets.

L’Eglise n’est pas là où on prie et où on mange, mais là où l’on prie avec assiduité et là où l’on mange avec joie et simplicité. L’Eglise est une communauté habitée. Et quand elle est habitée, ça se voit ! c’est la dernière chose que souligne le livre des Actes : les croyants ont un impact autour d’eux.

  • « La crainte gagnait beaucoup de monde »
  • « Ils trouvaient un accueil favorable auprès du peuple »

L’Eglise est là où il y a un témoignage. C’est comme un témoin lumineux qui signale que le courant passe. Le témoin ne fait rien d’autre que de montrer qu’il est habité.

Quand l’Eglise est habitée, cela se voit et donne envie. Et d’autres personnes viennent. Mais ce qu’il faut souligner, c’est que ces personnes sont « ajoutées par Dieu ». L’Eglise ne va pas les chercher pour les faire entrer : ce travail est celui de Dieu. La tâche de l’Eglise, c’est d’être un témoin fidèle de cet Esprit de Dieu qui l’habite. Et c’est déjà une belle et grande tâche.

Et notre paroisse?

Si nous nous regardons nous, paroisse de Vufflens, nous avons pas mal de travail. A titre d’exemple, voici quelques questions :

  • Où est l’Eglise ? Dans le temple de mon village ou aussi dans celui d’à côté ?
  • Est-ce au pasteur, au conseil et aux monitrices de s’occuper de l’Eglise ou à moi aussi ?
  • Est-ce que nous mangeons ensemble avec joie ? Est-ce que nous sommes solidaires les uns avec les autres ?
  • Est-ce qu’il y a de la bienveillance et du pardon entre nous ?

La marge de progression est assez grande. Mais il y a une bonne nouvelle : Jésus, le Christ lui-même prie pour son Eglise. Il demande à Dieu de nous aider. Il envoie son Esprit, encore et toujours, pour qu’il nous imprègne et nous fasse vivre dans son élan. Il y a du boulot, mais nous ne sommes pas seuls.

Amen