« Porter sa croix »! Cette expression qui invite au martyre  ne peut laisser le lecteur indifférent. Faut-il passer par la souffrance pour suivre Jésus? N’y a-t-il pas un moyen plus confortable ou moins risqué? D’ailleurs, qu’est-ce que ce masochisme? Vient-il vraiment de Jésus?

Matthieu 16, 24-28

Philippiens 2, 1 à 9

Dieu veut-il notre souffrance?

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. En effet, qui veut garder sa vie la perdra ». Je me demande si Jésus pensait faire beaucoup d’adeptes avec des phrases comme celles-là.

Qui a envie de se renier, de porter sa croix et de perdre sa vie ? Qui est prêt à cela ? Si quelqu’un répond oui, il aura de sérieuses questions à se poser à son propos. Jésus cherche-t-il ses disciples parmi les gens qui sont à côté de la plaque ?

Il y a même quelque chose de pire dans son appel. Pourquoi veut-il que ses disciples perdent leur vie alors que c’est Dieu lui-même qui l’a donnée ?

Certains vont dire qu’il y a deux vies : la vie terrestre, et la vie spirituelle. Jésus nous demanderai de sacrifier notre vie corporelle pour la vie spirituelle. Franchement, Dieu peut-il demander cela ? Nous donner un corps, qui respire, qui vit, qui jouit de la vie puis ensuite nous demander de le sacrifier ? Jésus nous présente-t-il un Dieu qui veut souffrance, la mort, le sacrifice ?

Certains l’ont cru. Dans l’Eglise, des religieux ont dit qu’il fallait souffrir pour recevoir le pardon de Dieu et des fidèles l’ont cru et pratiqué.

D’autres se sont détournés de la foi car une telle conception les révoltaient. Les derniers ont cherché à adapter ces paroles de Jésus pour qu’elles deviennent acceptables et praticables.

Personnellement, aucune de ces options ne me satisfait. Je n’arrive pas à croire en un Dieu qui nous aime et qui veut notre souffrance : trop de textes bibliques disent le contraire.

D’un autre côté, je n’arrive pas non plus à modifier la parole de Dieu pour qu’elle me convienne. Ce serait manquer de confiance envers Dieu qui veut certainement me dire quelque chose de stimulant.

Je suis donc aller chercher conseil auprès de gens plus sages, plus intelligents et, surtout, plus spirituels. J’aimerai vous dire ce que j’ai trouvé, qui me semble tout à fait cohérent avec le Dieu d’amour, mais qui est resté très exigeant.

Jésus, lui aussi, cherche-t-il la souffrance?

Il nous faut d’abord faire un pas en arrière et voir l’ensemble de la scène où Jésus parle ainsi. Nous sommes à un tournant de l’évangile. Jésus a beaucoup prêché, accompli de nombreux miracles et maintenant, il fait le point avec ses disciples. « Qui dit-on que je suis ? Et vous, qu’avez-vous compris ? »

A la 2e question, Pierre répond : « Tu es le Messie, le Christ, l’envoyé de Dieu ». Après avoir vu Jésus à l’œuvre, après avoir entendu ses paroles, Pierre a tout compris. Et en même temps, il n’a rien compris.

Car pour lui comme pour tous ses contemporains, le Messie est un sauveur avant tout politique, qui va restaurer la royauté de David en Israël. Jésus ne veut pas être Messie de cette manière. C’est pourquoi il corrige et explique le chemin qu’il va suivre :

« A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter ».

Jésus ne va pas restaurer la royauté en Israël, il va mourir et ressusciter. Il précise que c’est nécessaire. Nous retrouvons le thème de la souffrance nécessaire, mais appliqué à Jésus.

Non, Jésus cherche l’amour… qui passe par la souffrance

Pourquoi le Messie doit-il souffrir ? Non pas parce que Dieu ou lui-même le voudrait mais parce qu’il a choisi un chemin qui passe par la souffrance. Jésus a choisi l’amour comme manière de vivre. Il se trouve que cette manière de vivre passe, un jour ou l’autre, par des temps de souffrance.

Vous pouvez le constatez dans votre propre vie lorsque vous aimez quelqu’un, il y aura forcément des moments où cette personne ne vous comprendra pas, où elle vous en voudra, où elle vous dira des mots de travers. Et, si par miracle, cela n’arrivait pas elle mourra un jour et ce sera une grande souffrance.

Cette souffrance est proportionnelle à l’amour qui nous unit. Si un étranger meurt, si quelqu’un que nous ne connaissons pas nous rejette, ce n’est pas drôle mais c’est vite passé. Mais plus nous aimons et plus

Dans notre monde marqué par la mort, dans notre monde avec des personnes comme nous, influencés par la peur, par le remord, par la colère, l’amour sera forcément malmené. Dans notre monde, choisir d’aimer c’est accepter de souffrir à cause de cela. Choisir d’aimer, c’est nécessairement souffrir. La souffrance ne signale pas l’échec de l’amour mais bien sa force.

Jésus qui a voulu entrer dans notre réalité, Jésus qui a voulu embrasser notre vie a donc choisit en même temps de souffrir. C’est une nécessité. Jésus ne cherche pas la souffrance, il cherche à aimer. Mais pour cela, il doit souffrir.

Il le sait non seulement dans son cœur, mais il le voit arriver. Il voit les ennemis qui se dressent devant son projet d’amour. Des gens qui lui en veulent à mort parce qu’il aime et prêche un Dieu d’amour.

L’amour, le seul chemin valable

Mais Jésus ne lâche pas son objectif d’amour car il est persuadé de 2 chose :

  • Qu’il n’y a aucun intérêt dans la vie en-dehors de l’amour.
  • Que la souffrance est passagère, qu’elle est liée à notre monde tel qu’il est. Mais il suffit d’entrer dans le monde de Dieu pour que la souffrance disparaisse et ne laisse que l’amour.

L’amour est éternel, la souffrance est passagère. Renoncer à aimer à cause de la souffrance qui y est lié, c’est renoncer à l’éternité sous la pression du temporel. « Qui veut gagner sa vie la perdra » disait Jésus. « Qui veut préserver sa vie de la souffrance perdra l’amour » pourrait-on dire.

En plus, il faut se renier!?!

Je ne sais pas si vous êtes d’accord de faire un pas de plus dans la direction de l’amour, car Jésus nous y invite. Nous avons bien compris que choisir d’aimer, c’est choisir de porter sa croix, de passer par la souffrance. Mais pour aimer, Jésus nous invite à nous renier nous-mêmes.

Là encore, cela semble contradictoire avec tout le message biblique où Dieu nous dit que nous avons de la valeur à ses yeux.

Encore une fois, se renier ne signifie pas que nous n’avons pas de valeur, mais que si nous cherchons à nous protéger, si notre premier objectif, c’est nous-mêmes, nous allons passer à côté de l’amour.

Celui que j’aime est-il plus important que moi?

Notre premier objectif est-il donc l’autre ? Devons-nous nous renier pour concentrer toute notre attention sur l’autre ? Il y a des personnes qui agissent ainsi, qui donnent sans compter, sans regarder à elles. Des personnes qui se sacrifient pour les autres. Jésus va d’ailleurs dans ce sens quand il dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Mais je perçois un danger dans cet élan que j’aimerai signaler. Celui qui consiste à se dévaloriser, à se dire que je ne suis rien et que l’autre est tout. La Bible nous dit d’aimer notre prochain comme-nous-mêmes. Autrement dit, l’amour vrai ne peut pas être basé sur le mépris de soi, sur la dévalorisation de soi.

Pour le dire encore autrement, ce n’est pas l’autre qui est capital, mais la relation à l’autre. Regardez Jésus qui va mourir en croix. Il le fait pour entrer dans une nouvelle relation avec ses disciples. Il ne va pas mourir pour les quitter à jamais mais pour les retrouver à jamais.

Pour Jésus, ce qui est important, c’est l’amour qui nous unit les uns aux autres. Pour cela, il faut que tout le monde soit là, si j’ose dire. Pleinement là. Renier sa vie, ce n’est pas disparaître de la relation mais c’est renoncer à ce qui, dans ma vie, entrave la relation.

L’amour cours en fait 2 dangers :

  • Le premier, le plus courant, c’est lorsque je cherche à me préserver, à me protéger, à éviter la souffrance. C’est quand je mets tout l’accent sur moi.
  • Le second danger, c’est quand je mets tout l’accent sur l’autre au mépris de moi-même.

Amen