Genèse 3, 1 à 15

Vous connaissez le résumé humoristique de cette histoire d’Eve face au serpent ? Une pomme, 2 poires et des pépins…

Cette blague montre bien que ce récit de la Genèse est

  • un des plus connus de la Bible.
  • un de ceux qui a le plus d’influencé notre manière de concevoir le monde avec le concept de la chute.
  • un récit que nous comprenons mal et dont nous rions car nous ne savons pas trop qu’en faire.

Le même drame raconté autrement

Pour que vous puissiez entendre ce récit autrement que d’habitude, je vais vous raconter le même drame, mais transposé dans une autre situation où je vais vous placer dans la situation de Dieu.

Imaginez que vous avez deux enfants de 5 et 6 ans et que vous veillez à ce qu’ils vivent le mieux possible, dans un confort agréable. Comme c’est l’hiver, vous faites du feu dans la cheminée : c’est beau et, surtout, ça réchauffe.

Mais le feu est dangereux. Vous le dites très clairement à vos enfants : « Vous pouvez vous amuser avec tout ce qu’il y a dans cette maison, mais pas avec le feu. Sinon, vous souffrirez ».

La tentation

Or voilà, à Noël, vous leur avez offert un magnifique livre illustré sur le feu. On y voit l’homme qui apprend peu à peu à maîtriser le feu, depuis les premiers hommes, en passant par les cuisiniers, les forgerons, les souffleurs de verre. Tout un chapitre est bien sûr dédié à l’allumage et à l’entretien du feu. Et le livre culmine avec les saltimbanques : les jongleurs avec des torches, les cracheurs de feu et les fakirs qui marchent sur des braises.

En regardant ces images, les enfants ont l’impression que vous leur avez menti : d’une part, cela à l’air facile de faire du feu et d’autre part, il ne semble y avoir aucun danger à le manipuler. Au contraire, tous ces gens ont l’air très forts et les enfants ont bien envie de les imiter.

La transgression et son cortège de malheurs

Alors, ni une ni deux, ils décident de se mettre à jongler avec les braises… et se brûlent les mains. Ils ont mal et crient. Les larmes jaillissent. Ils se voient l’un l’autre dans ce piteux état, bien loin des fiers cracheurs de feu… Alors, ils ont honte. Honte d’avoir raté quelque chose de si facile, honte d’avoir mal et de pleurer comme des mauviettes, honte d’être vus ainsi. Alors, ils se cachent.

Quand vous revenez à la maison, vous sentez qu’il y a une drôle d’odeur et que la maison est étrangement silencieuse. Où sont les enfants ? Vous les appelez et ils ne répondent pas. Pour finir, vous les trouvez et ils vous disent qu’ils ont peur. Peur de souffrir.

– Comment savez-vous que vous pouvez souffrir ? Avez-vous joué avec le feu ?

– Ce n’est pas moi, c’est l’autre qui a eu l’idée de jongler avec le feu et je l’ai fait.

– Mais qu’elle idée as-tu eu là ?

– Ce n’est pas moi, c’est le livre que tu nous as donné qui montrait comment faire !

Vous avez entendu ? Voici quelques points que je vous invite à repérer dans le récit de la Genèse :

  • une interdiction donnée par les parents pour protéger les enfants
  • cette interdiction est aussi ce qui distingue les parents des enfants : les parents savent maîtriser le feu, pas les enfants.
  • une tentation intervient et fait croire que le feu n’est pas dangereux. Au contraire, il accorde du pouvoir.
  • la honte d’avoir raté
  • devant les parents, la faute n’est pas assumée mais rejetée sur l’autre

Lecture Genèse 2, 24 à 3, 13+ orgue

Ce récit de la Genèse essaie de répondre aux questions que se pose l’être humain face au mal et à la souffrance. D’où viennent-ils ? Dieu a-t-il créé un monde mauvais ? N’est-il que souffrance et faut-il l’endurer du mieux que l’on peut ?

La souffrance et la mort sont-elles des punitions ? Mais de quoi ? Avons-nous commis une faute ou Dieu est-il méchant ?

Dieu est-il responsable du mal ? L’a-t-il créé ? Ou le mal est-il une force égale à Dieu ? Auquel cas nous assistons à un combat dont le vainqueur n’est pas connu.

Le mal: une réalité totale

Mais commençons déjà par dire ce qu’est le mal. Dans l’histoire des enfants, le mal a plusieurs visages :

  • la souffrance des mains brûlées
  • la honte de s’être ridiculisés
  • la solidarité brisée entre les enfants
  • la confiance perdue entre parents et enfants

Le mal, c’est une souffrance intérieure et extérieure et ce sont des relations brisées entre humains et avec Dieu. Le mal touche d’un seul coup tout l’équilibre du monde : il est dévastateur. Ça fait peur…

L’origine du mal

Ensuite, d’où vient ce désastre que nous appelons mal ? Encore une fois, reprenons l’histoire des enfants.

  • Est-ce le feu qui a tout provoqué ? Non, on voit bien que c’est un mauvais usage du feu qui est à l’origine. La responsabilité des enfants est évidente… Mais si le feu n’a pas de mauvaise volonté, il faut reconnaître qu’il est ambivalent. Il peut faire mal.
  • Est-ce le livre qui provoque le mal ? Il n’a pas forcé les enfants à prendre les braises, soyons clairs. Encore une fois, ils sont responsables.
    Mais le livre a joué le rôle du séducteur. Il a donné aux enfants une idée qu’ils n’avaient pas. Et surtout, il l’a rendue intéressante. Pour ce faire, il a menti : il a fait croire aux enfants que le feu ne fait pas mal. Il a fait croire aux enfants que les parents leur mentaient. Il a fait croire aux enfants qu’ils pourraient être comme des grands.
    Oui, le mal a été commis par l’être humain et lui seul. Mais il y a ce livre offert par les parents, il y a ce serpent créé par Dieu. Les humains n’ont pas inventé le mal tout seuls. Quelque chose était là avant eux. Non pas une force égale à Dieu, non pas une force voulue par Dieu. Mais le mal est déjà là, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Il y a quelque chose de mystérieux.
  • Est-ce Dieu qui a introduit le mal ? S’il n’y avait pas cette interdiction de jouer avec le feu, il n’y aurait pas eu de problème ! Ce qui est criminel, ce n’est pas d’avertir qu’il y a un danger, c’est de ne rien dire.
    On pourrait aussi se dire : les parents n’auraient pas dû allumer de feu. Mais les enfants auraient eu froid.

Les limites de l’être humain: une donnée de la création

Le problème, c’est que les enfants ne sont pas invincibles : ils peuvent se brûler, ils peuvent avoir froid. Autrement dit, ils sont limités. C’est là qu’il faut être attentifs : la faiblesse de l’être humain, ses limites ne sont pas une mauvaise chose. Il a faim, il a froid, il a besoin de dormir, il ne comprend pas tout, il n’a que 24 heures dans sa journée, il ne peut pas être partout en même temps, il se fatigue, il vieillit.

Toutes ces limites, que nous partageons d’ailleurs avec tout le reste de la Création, tout cela n’est pas mauvais. Car Dieu nous a donné tout ce qu’il fallait pour vivre avec ça. Même la mort du corps fait partie de la vie créée par Dieu, comme un fleuve se jette dans l’océan.

Le mal surgit quand les limites ne sont pas acceptées

Le mal n’est pas dans cette faiblesse et dans ces limites. Le mal survient quand nous ne les acceptons pas. Quand nous voulons être comme Dieu. Quand les enfants pensent pouvoir agir comme des grands, le mal déboule et fracasse tout sur son passage. Vous pouvez essayer et vous constaterez que le mal intervient quand nous nous mettons à la place de Dieu :

  • quand nous décidons qui peut vivre et mourir
  • quand nous jugeons les autres : tu es nul
  • quand nous convoitons plus que ce que Dieu nous a donné
  • etc.

Le mal surgit quand la confiance en Dieu est rompue

On peut aussi dire les choses autrement. Le mal arrive quand nous ne faisons plus confiance à Dieu. Les enfants n’ont pas cru leurs parents qui disaient que le feu est dangereux. Ils ont préféré écouter le livre.

Qui écoutons-nous ? Celui qui nous a créé, nous aime et veut notre bien, comme des parents le font pour leurs enfants ? Ou celui qui nous fait plaisir en nous disant ce que nous voulons entendre ? Celui qui nous flatte en nous faisant croire que nous pouvons être comme Dieu ?

Les enfants n’ont pas eu confiance dans leurs parents une première fois, puis une deuxième ! Quand les parents sont revenus, au lieu de croire en leur amour, au lieu d’avoir confiance que tout allait désormais bien se passer puisqu’ils étaient de retour, les enfants n’assument pas : ils ne reconnaissent pas leur faute mais accusent l’autre.

Adam non plus. Dieu lui avait fait confiance en lui laissant le jardin avec un arbre à ne pas toucher. Adam n’a pas fait confiance en cette parole. Et maintenant que Dieu est en face de lui, que Dieu l’invite dans un dialogue responsable, Adam se défile. Il a peur de Dieu, il n’a plus confiance en lui. Il avait là une chance de retrouver sa place de vis-à-vis de Dieu, il se met de côté en espérant éviter le boulet. Mais Dieu lance-t-il des boulets sur ceux qu’il aime ? Adam n’en est plus sûr. C’est la 2e victoire du serpent : nous faire douter du pardon de Dieu.

Un espoir malgré tout

Il ne faudrait pas manquer l’espoir que laisse la Genèse dans ce drame : c’est que toute cette histoire se passe sous le regard de Dieu qui reste maître de la Création. Les parents ne se vexent pas de la désobéissance de leurs enfants, ils continuent à les aimer, à s’occuper d’eux. Si les enfants vont encore désobéir, rien n’est perdu, car les parents ne désertent pas.

Dieu non plus ne déserte pas et ne désertera jamais.

Amen