Genèse 1

La création est devenue notre objet

Qu’est-ce que la Création aujourd’hui ? Aujourd’hui, elle est devenue un objet, une chose :

  • Un objet d’analyse, disséqué par la science
  • Un objet d’exploitation et de consommation : c’est un grand magasin dans lequel nous allons nous servir

La Création est devenue notre objet, avec les abus que vous connaissez :

  • Nous nous demandons si les recherches scientifiques ne vont pas trop loin dans la manipulation des plantes, des animaux et des êtres humains.
  • Nous surexploitons les ressources naturelles. Vous savez probablement que si tous les êtres humains consommaient comme les Suisses, il nous faudrait 2 planètes pour subvenir à nos aspirations.

Réaction aux excès: une sacralisation

Ces excès dans notre comportement face à la Création ont conduit à des réactions, parfois à des révoltes. Ce sont souvent des retours de balanciers parce qu’ils en viennent à sacraliser la nature : elle devient quasiment divine. Par exemple :

  • Vous avez plusieurs courants « religieux » qui attribuent des pouvoirs à certains arbres, à certaines pierres, à des lieux spécifiques. On va embrasser des arbres, on se retrouve dans les lieux de cultes celtiques. Bref, certains aspects de la nature sont porteurs d’un pouvoir divin et mis à part, sacralisés.
  • On retrouve cette même sacralisation de la nature dans l’écologie intégriste, dans des mouvements comme ceux qui défendent le droit des animaux ou des modes de vie comme le végan.

Comme vous l’entendez, il y a dans ces mouvements une aspiration à retrouver un profond respect pour la nature. Mais il passe par une sacralisation de celle-ci. La nature n’est pas seulement respectée mais devient intouchable.

C’est un véritable retour de balancier mais qui nous renvoie très loin en arrière dans le temps. Nous nous retrouvons en compagnie des religions qui confèrent un pouvoir divin aux lieux, aux animaux, aux plantes, aux astres. Nous nous retrouvons avant la science moderne.

L’impact de la science moderne

Le grand principe de la science moderne a été de se passer de Dieu pour comprendre le monde. C’était une bonne chose, car la science ne pouvait pas comprendre un phénomène comme l’orage si elle continuait à accepter que c’était la manifestation de la colère de Dieu. Il fallait donc se passer de Dieu comme explication des phénomènes naturels. A ce moment, la nature a été désacralisée. Les astres n’étaient plus des dieux, les plantes n’avaient plus un pouvoir divin mais explicable par l’analyse, etc.

Mais Dieu n’a pas seulement été éliminé de la compréhension du fonctionnement du monde (comment ça marche ?) mais aussi de son sens (pourquoi le monde ?). Avec la science, la nature a perdu son côté magique mais aussi son côté mystérieux. Elle est devenue un objet, qu’il était possible de posséder, de consommer et de jeter.

La Création: ni objet ni sacrée

Or, la spiritualité biblique n’accepte ni l’un ni l’autre. La Création n’est ni un objet à notre disposition, ni peuplée de dieux et de sacré. En fait, quand le récit de la Genèse a été écrit, Israël faisait surtout face à une sacralisation de la nature. Les astres, par exemple, étaient des dieux. Nous n’arrivons pas à imaginer le séisme qu’a provoqué un tel récit où Dieu crée les astres et leur assigne le rôle de marquer le temps humain : les jours, les lunaisons, les années, les temps de fête. Ainsi, pour la pensée biblique, non seulement les astres ne sont pas des dieux, mais en plus ils sont les serviteurs des humains.

Il en est ainsi de l’univers entier : tout est création de Dieu à partir du chaos. Autrement dit, rien dans l’univers n’est dieu ou d’essence divine ou plus rempli de Dieu. Tout vient de Dieu, tout porte la marque de Dieu mais rien n’est Dieu.

Un Créateur face à sa création

C’est tout à fait comparable à une œuvre humaine. Par exemple, un peintre met tout son savoir, toute sa sensibilité, toute sa maîtrise dans son tableau. Il s’y investit complètement mais il n’est pas dans le tableau : il n’a pas peint avec son sang, par exemple.

Il en est de même avec Dieu qui crée le monde. Même si la Création porte la signature, l’esprit du Créateur, le Créateur n’y est pas. Il y a un véritable face à face entre Dieu et la Création, pas un mélange.

La pensée biblique s’oppose donc à toute sacralisation de la nature, du cosmos ou des humains, comme si quelque chose ou quelqu’un avait une parcelle de divin en soi. La pensée biblique va même jusqu’à faire de l’être humain le sommet de la Création, ce vers quoi elle s’oriente.

La Création est au service de l’être humain. Mais je dis cela avec tremblement car aujourd’hui, nous avons le pouvoir de l’asservir, ce qui n’est de loin pas la même chose. Et c’est là qu’il faut rappeler l’autre message de ce récit de la Genèse : la Création me précède. Elle n’est pas mon œuvre, ma chose, mais le cadeau de Dieu dans lequel je suis déposé.

La création: un cadeau

Aujourd’hui, on aime à dire que la terre nous est prêtée par nos enfants à qui nous devrons la rendre. C’est une version laïque de la Genèse, qui met l’accent uniquement sur notre responsabilité. La Bible va beaucoup plus loin : en attribuant la Création à Dieu, elle m’invite non seulement à la responsabilité mais aussi à la louange, à la reconnaissance car je reçois un cadeau.

Vous savez qu’un bijou que vous avez reçu en cadeau a beaucoup plus de valeur qu’un bijou que vous avez acheté vous-mêmes. La Création a cette valeur ajoutée et inestimable qui conduit à la louange, à la célébration non de la Création elle-même, mais de la bonté de Dieu qui s’y révèle.

Je vous invite donc à parcourir ce récit pour voir les bontés que Dieu y a mise, en faisant quelques remarques :

Dieu met de l’ordre dans le chaos

  • Au commencement, il n’y a pas rien, mais des réalités négatives.
  • La création consiste à créer des réalités positives (la lumière, l’espace vital entre les eaux d’en-haut et celles d’en-bas) et à mettre de l’ordre dans le chaos initial.
  • Dieu crée le temps et l’espace en assignant une place à chacun. Il pose ainsi le cadre de vie de l’être humain: le temps qui avance et l’espace géographique, lieux dans lesquels la liberté humaine pourra s’épanouir.
  • Dieu crée par la parole. Cela souligne la distance, le vis-à-vis entre Dieu et a Création : il n’est pas dedans, il ne la « touche » pas. Mais cela montre aussi que la Création est un ordre : Dieu indique à chacun sa place, lui donne un nom et donc une identité et un rôle.
  • Le chaos est rangé, comme une chambre pour qu’elle puisse être viable. Mais le chaos peut revenir. Dieu assigne une limite.

La Création est bonne

  • Dieu voit la bonté de ce qu’il crée
  • Dieu  bénit ce qu’il a fait.

Le fait que nous soyons tous enfants d’un même père nous indique que nous sommes sur le même pied d’égalité et nous invite à nous respecter les uns les autres, comme dans une famille. Saint François d’Assise a bien compris l’intention du rédacteur de la Genèse en appelant le soleil et le vent « frère » et la lune « sœur » : ils sont aussi des créatures, issus de la même poussière et du même Créateur et méritent le même respect.

Amen