L’ascension de Jésus: c’est peut-être une belle manière de dire que Jésus a repris sa place au ciel, en compagnie de son Père. Mais pour nous, qu’est-ce que cela change?

Lecture de Matthieu 28, 16 à 20

Laisser une place libre: un appel d’air

Vous connaissez tous la vie de nos associations, que ce soit un club sportif, une chorale, une amicale des pompiers ou une association de bienfaisance : il y a un président, un secrétaire et un caissier. Et vous savez aussi comment cela se passe quand l’un des membres du comité veut démissionner : il annonce qu’il aimerait partir à la fin de l’année et qu’il serait souhaitable de trouver quelqu’un pour le remplacer. Et bien sûr, personne ne se propose.

Dans la plupart des cas, on ne trouve personne jusqu’au moment où le membre du comité démissionne et que la place est réellement libre.

La place est occupée ? C’est bouché, personne ne bouge ! La place est vide ? C’est comme si le passage était libéré pour que les bonnes volontés puissent naître. Le vide crée un appel d’air qui aspire les vocations alors que le plein va faire office de bouchon : les éventuels successeurs n’ont seulement ne vont pas se proposer mais peut-être même pas y penser !

L’ascension du Christ un appel d’air pour les disciples

L’ascension que nous fêtons aujourd’hui initie exactement ce mouvement :  Jésus laisse la place pour que les disciples puissent l’occuper. Il crée un appel d’air qui aspire les disciples et les met en route. Tant que Jésus était présent, les disciples étaient essentiellement passifs. Maintenant qu’il s’en va, il leur demande de reprendre le flambeau.

On peut être surpris que Jésus laisse les disciples à la manœuvre, car ils n’ont pas brillé par leur confiance, par leur présence et par leur intelligence spirituelle. Et Matthieu souligne même qu’il y en a qui doute !

Dieu a l’habitude de se retirer pour nous laisser la place

Mais si l’on regarde la manière dont Dieu agit avec les humains, nous constatons que Jésus suit la droite ligne de son Père. Dès le commencement, Dieu se retire pour nous laisser la place. Après 6 jours de création, il se retire pour que l’être humain prenne ses responsabilités. Et Dieu en donne même le mandat aux humains : ils doivent devenir créateurs à leur tour. Le vide de Dieu aspire les êtres humains, les met en route.

De son côté, Jésus a raconté de nombreuses paraboles où le maître de maison s’en va en laissant la responsabilité du domaine à ses serviteurs. Ce mouvement de retrait, cet appel d’air qui nous met en route est donc typique de Dieu qui nous veut libres et responsables… même si nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la mission qu’il nous confie.

Pourquoi nous renonçons si souvent à la place qui nous est proposée

Malheureusement, cet appel ne fonctionne pas toujours bien car quelque chose se place entre Dieu et nous et bouche le « canal d’aspiration ». Au lieu d’être mis en route dans le sillage de Dieu, nous flottons à la dérive, ballottés par d’autres courants d’air.

Ce bouchon, c’est le manque de confiance.

  1. Soit le manque de confiance en nous, car nous pensons que Dieu s’est trompé, que nous ne sommes pas capables de ce qu’il nous demande. « Seigneur, si tu crois que je vais pouvoir aller faire des disciples, tu te trompes. Je ne sais pas m’exprimer, etc. ».

Nous pouvons même ajouter que nous ne sommes pas dignes de cela : « Seigneur, je ne sais même pas très bien ce que je crois, si j’ai assez de foi, si je suis un bon croyant. Alors, apprendre aux autres à garder tes prescriptions, tu penses ! » Vous noterez que tous les grands prophètes avant nous, de Moïse à Jérémie, ont tenu le même discours.

  1. Ou bien, nous n’avons pas confiance en Dieu. Il y a tellement de problèmes et de mal dans le monde que son message n’est pas crédible. « Regardes Seigneur, il y a le mal et la mort qui gagnent tous les jours ! Comment veux-tu que nous parlions d’amour et de liberté ! Personne ne va gober ça ! »

La mort, le mal, le manque de confiance font obstacle entre Dieu et nous. Il n’y a pas ce courant d’air vivifiant, cet appel d’air. Au contraire, ça stagne et ça sent le renfermé.

La résurrection: Dieu a fait sauter le bouchon

Alors, Dieu a roulé la pierre. A Pâques, il a dégagé le chemin qui allait à lui. La mort était comme un cul-de-sac dans lequel nous finissions tous par échouer, sans espoir. Je ne parle pas d’abord de la mort physique, mais de la mort de l’âme, de la mort de l’espoir, de la confiance, de la liberté, de l’amour, de la joie.

Dieu a percé ce cul-de-sac, il a roulé la pierre. Jésus a traversé la mort de part en part, l’air peut à nouveau circuler entre Dieu et nous. Par sa mort et sa résurrection, Jésus nous raconte que Dieu a confiance en nous, qu’il nous aspire dans son sillage, qu’il nous aime et nous veut libres.

Le ciel nous est ouvert, le Royaume de Dieu nous attend : voilà la bonne nouvelle racontée par la résurrection. Et que peuvent espérer les disciples qui se retrouvent autour du Ressuscité ? Et bien d’entrer dans ce Royaume ! La porte est ouverte, Jésus est déjà passé, allons-y !

Des disciples renvoyés sur terre

Eh bien non ! Pas du tout ! Alors que les disciples sont tournés vers le Ressuscité, vers cet avenir glorieux, Jésus leur fait faire demi-tour. Il ne les entraîne pas vers le ciel mais les renvoie vers le monde, vers les nations : « Allez, et faites de toutes les nations mes disciples ».

Nous devons être très attentifs à ce retournement, car il est constitutif de la foi et de l’Eglise. Suivre le Christ, ce n’est pas un chemin qui monte vers le ciel mais qui descend vers les autres. Suivre le Christ, c’est agir comme lui, lorsqu’il a quitté son ciel pour venir aimer et servir les personnes qu’il rencontrait.

Conduire vers le Royaume, c’est la responsabilité de Dieu. C’est lui qui nous y fera entrer. Aller dans le monde, vers nos frères et sœurs humains, voilà notre responsabilité. Pourquoi aller vers eux ? Pour raconter la bonne nouvelle. Pour dire que la porte du ciel est ouverte, que rien ne bouche le chemin entre Dieu et nous.

La mission du croyant et de l’Eglise, c’est d’être tourné vers les autres. Un archevêque anglican disait que l’Eglise n’existe pas pour elle-même mais pour ceux qui n’y sont pas. Etre croyant, ce n’est pas regarder le ciel et espérer en la résurrection. Etre croyant, c’est regarder son prochain et lui raconter la résurrection.

Nous avons une mission

Nous voilà donc en mission auprès de chaque personne, une mission que Jésus définit en 3 points :

  1. faire des disciples
  2. les baptiser
  3. leur apprendre à garder ce que Jésus a dit

Formulé ainsi, cela nous hérisse très rapidement car nous percevons une terrible contrainte. Nous avons des images de la mission en Amérique Latine, de baptêmes forcés, de catéchisme appris par cœur et dans la peur de la punition. Tout cela fait partie de l’histoire de l’Eglise, nous ne devons pas nous voiler la face. Mais nous ne sommes pas obligés de continuer dans cette ligne !

Jésus a fait des disciples, il ne les a pas baptisés, semble-t-il, mais il leur a donné des commandements. Tout cela, il l’a fait d’une autre manière que ce que je viens de raconter. Faire des disciples n’est donc pas forcément du terrorisme religieux. C’est possible de le faire dans l’amour et la liberté. C’est même ce que Jésus nous invite à faire.

L’Eglise a trop souvent empoigné sa mission en oubliant celui qui la lui avait donnée, en oubliant sa manière. Nous devons sans cesse nous rappeler la trajectoire du Christ : il a quitté le ciel, pour se mettre à notre service, en donnant tout. C’est ainsi qu’il a fait des disciples et c’est cette trajectoire et nulle autre que nous devons suivre. Tout simplement parce que tout autre manière de faire dénature le message lui-même.

Nous devons nous souvenir des erreurs de l’Eglise, de ses coups de force et de toutes ces occasions où elle a d’abord pensé à elle plutôt qu’autres. Nous devons nous en souvenir car ceux vers qui nous allons l’ont souvent vécu eux-mêmes ou au moins entendu.

Nous devons nous en souvenir car c’est un frein très fort à notre propre envie d’accomplir notre mission. Mais les erreurs du passé ne doivent pas nous empêcher de proclamer la bonne nouvelle : la pierre a été roulée, le chemin vers Dieu est dégagé, le ciel nous est ouvert. Retenir cette nouvelle est un crime encore plus grand que ceux commis par l’Eglise avant nous.

Amen